Évaluation ou notation
Y compris le profilage et la prédiction de comportement.
L'analyse d'impact est l'obligation du RGPD la plus souvent mal calibrée : menée quand elle ne s'impose pas, oubliée quand elle s'impose. Voici les critères qui tranchent réellement, et ce que le document doit contenir.
Mis à jour le
En bref
Une AIPD est obligatoire dès qu'un traitement est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes (article 35 du RGPD). Trois cas sont cités explicitement par le règlement, la CNIL publie une liste de traitements concernés, et le Comité européen de la protection des données propose neuf critères : en remplir au moins deux rend l'analyse nécessaire en principe. AIPD, PIA et DPIA désignent la même chose.
L'analyse d'impact relative à la protection des données est l'étude prévue à l'article 35 du RGPD. Elle se mène avant la mise en œuvre du traitement, jamais après : son objet est de concevoir un traitement acceptable, pas de justifier a posteriori un traitement déjà déployé.
C'est aussi, en pratique, la pièce la plus démonstrative d'une démarche d'accountability. Une AIPD sérieuse prouve que le responsable de traitement a identifié les risques, arbitré, et documenté ses arbitrages — y compris ceux qu'il a écartés.
Aucune, en pratique française. C'est une confusion fréquente, entretenue par des ressources qui présentent la PIA comme une « composante » de l'AIPD — ce qui n'a aucun fondement dans le règlement.
| Sigle | Développé | Statut |
|---|---|---|
| AIPD | Analyse d'impact relative à la protection des données | Terme officiel français du RGPD |
| DPIA | Data Protection Impact Assessment | Terme officiel anglais, même article 35 |
| PIA | Privacy Impact Assessment | Terme antérieur au RGPD, conservé par la CNIL pour nommer son logiciel |
Retenez qu'un interlocuteur qui vous parle de PIA, de DPIA ou d'AIPD vous parle du même exercice. La seule distinction utile est celle entre l'analyse elle-même et l'outil logiciel qui aide à la dérouler.
Le critère général est unique : un risque élevé pour les droits et libertés des personnes. L'article 35.3 en donne trois illustrations explicites.
L'évaluation systématique et approfondie d'aspects personnels fondée sur un traitement automatisé, y compris le profilage, servant de base à des décisions produisant des effets juridiques ou affectant significativement les personnes.
Le traitement à grande échelle de catégories particulières de données visées à l'article 9, ou de données relatives à des condamnations pénales et infractions visées à l'article 10.
La surveillance systématique à grande échelle d'une zone accessible au public.
Cette liste n'est pas limitative. La CNIL publie en complément une liste de types de traitements pour lesquels une AIPD est requise, et une liste de ceux pour lesquels elle ne l'est pas — deux documents qu'il faut consulter avant de trancher, parce qu'ils règlent la plupart des cas concrets sans avoir à interpréter.
À l'inverse, une AIPD n'est pas requise pour un traitement courant, à faible risque, ou dont la finalité et les moyens sont banals : gestion de la paie, tenue d'un fichier clients classique, envoi d'une newsletter sur consentement.
Ce sont ces critères, issus des lignes directrices reprises par le Comité européen de la protection des données, qui tranchent en pratique. La règle usuelle : deux critères remplis ou plus et l'AIPD est en principe nécessaire.
Y compris le profilage et la prédiction de comportement.
Produisant un effet juridique ou affectant la personne de manière significative.
Observation, contrôle ou suivi des personnes, notamment dans l'espace public.
Données de l'article 9, données pénales, ou données à caractère hautement personnel.
Appréciée selon le volume, le nombre de personnes, la durée et la portée géographique.
Combinaison d'ensembles de données issus de traitements aux finalités différentes.
Mineurs, salariés, patients, personnes âgées, demandeurs d'asile.
Nouvelle technologie ou nouvelle organisation dont les effets sont encore mal connus.
Le traitement empêche d'exercer un droit ou de bénéficier d'un contrat ou d'un service.
Un seul critère rempli n'écarte pas mécaniquement l'obligation : si le risque paraît élevé malgré tout, l'analyse s'impose. Le raisonnement inverse vaut aussi, et il faut pouvoir le justifier — la décision de ne pas mener d'AIPD se documente elle aussi.
L'article 35.7 fixe quatre éléments minimaux. Une analyse qui en omet un n'est pas une AIPD.
Deux obligations de procédure s'y ajoutent. L'avis du délégué à la protection des données doit être demandé lorsqu'un DPO a été désigné (article 35.2). Et si le risque résiduel demeure élevé malgré les mesures envisagées, la CNIL doit être consultée préalablement au titre de l'article 36.
Enfin, l'AIPD n'est pas un document figé : elle doit être réexaminée lorsque le risque évolue. Un changement de sous-traitant, une nouvelle finalité ou un élargissement du public concerné suffisent à rouvrir l'analyse.
La CNIL met à disposition un logiciel gratuit et open source, nommé PIA, qui déroule sa méthodologie étape par étape et produit un rapport exportable. Il s'installe en local ou se déploie sur un serveur, ce qui évite d'externaliser des informations souvent sensibles sur l'architecture du traitement.
Aucun outil n'est imposé pour autant. Un document structuré couvrant les quatre éléments de l'article 35.7 est parfaitement recevable. L'intérêt du logiciel est ailleurs : il impose une trame homogène, ce qui rend les analyses comparables entre elles et facilite leur réexamen périodique.
Disons-le franchement : un site vitrine classique ne déclenche presque jamais d'AIPD. Les critères de l'article 35 visent le profilage, la décision automatisée, la surveillance systématique ou les données sensibles — rarement le fait de publier des pages et de collecter des demandes de contact.
La situation change si le site opère un scoring, une décision automatisée, ou traite des données de santé — une prise de rendez-vous médical en ligne, par exemple. Dans ces cas, l'AIPD porte sur le traitement dans son ensemble, dont le site n'est que l'interface.
Ce qui s'applique en revanche à tout site, sans exception : l'information des personnes au moment de la collecte, le consentement aux traceurs non essentiels, l'encadrement des transferts induits par les services tiers, et l'exercice des droits. C'est le périmètre qu'un audit automatisé permet de constater en quelques minutes.
L'AIPD relève d'une analyse humaine. La conformité de votre site, elle, se constate automatiquement : cookies, services tiers, pages légales, droits des personnes.
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