Logiciel RGPD : plateforme de pilotage ou outil d'audit ?

La catégorie « logiciel RGPD » recouvre deux produits qui ne font pas le même métier. L'un documente ce que vous déclarez, l'autre mesure ce qui se passe réellement. Confondre les deux, c'est souscrire un abonnement pour un besoin ponctuel — ou l'inverse.

Par Hichem Ammar-Boudjelal, directeur de la publication — mis à jour le

En bref

Un logiciel RGPD est soit une plateforme de pilotage — registre des traitements, AIPD, demandes de droits, violations — soit un outil d'audit, qui constate l'écart entre ce qui devrait être et ce qui est. Aucun logiciel n'est obligatoire : le RGPD impose des résultats et de la documentation, pas des outils. La CNIL publie gratuitement un modèle de registre et l'outil PIA. Complio appartient à la seconde famille et ne remplace pas la première.

1. Les deux familles, et pourquoi on les confond

Les comparatifs du marché mettent dans le même tableau des produits qui répondent à deux questions différentes. La confusion est entretenue par le vocabulaire : tout le monde s'appelle « logiciel RGPD ».

Famille 1

La plateforme de pilotage

Elle héberge votre documentation et vos processus dans la durée : le registre de l'article 30, les analyses d'impact de l'article 35, les demandes de droits des articles 12 à 22, le registre des violations de l'article 33. Elle enregistre ce que vous y saisissez.

Modèle : abonnement mensuel. Suppose quelqu'un pour la tenir.

Famille 2

L'outil d'audit

Il constate un état de fait à une date donnée sur un périmètre délimité. Sur le périmètre web : les traceurs réellement déposés avant consentement, les services tiers effectivement appelés, les transferts qu'ils induisent, et l'écart entre vos pages légales et la réalité technique du site.

Modèle : à l'acte. Ne suppose aucune saisie de votre part.

La différence pratique : si votre fiche de registre indique que le site ne dépose aucun traceur publicitaire avant consentement, la plateforme vous croit. C'est son rôle : elle documente vos déclarations. Un audit ouvre le site et regarde. Les deux sont utiles, et pour des raisons opposées.

2. Ce que couvre chaque famille, article par article

Les cinq blocs fonctionnels sur lesquels tous les comparatifs sont construits, avec le texte qui fonde chacun. C'est la seule façon de comparer autre chose que des arguments commerciaux.

Périmètre fonctionnel comparé des plateformes de pilotage RGPD et des outils d'audit
FonctionFondementPlateformeOutil d'audit
Registre des traitements (ROPA) Recense chaque traitement : finalité, base légale, catégories de personnes et de données, destinataires, durées, transferts. C'est la pièce que la CNIL demande en premier lors d'un contrôle.Article 30 du RGPDCœur de métierNon couvert
Analyses d'impact (AIPD / PIA) Conduit et documente l'analyse pour les traitements susceptibles d'engendrer un risque élevé. Suppose un modèle de risque, des itérations et un avis du DPO.Article 35 du RGPDModule dédiéNon couvert
Demandes de droits (DSR) Réceptionne, qualifie et trace les demandes d'accès, de rectification, d'effacement ou d'opposition dans le délai d'un mois imposé par l'article 12.3.Articles 12 à 22 du RGPDWorkflow et délaisVérifie que le canal existe
Violations de données Journalise les incidents et outille la notification à la CNIL sous 72 heures, ainsi que l'information des personnes quand le risque est élevé.Articles 33 et 34 du RGPDRegistre des violationsNon couvert
Conformité du site public Traceurs réellement déposés avant consentement, services tiers appelés, transferts induits, cohérence des pages légales avec la réalité technique du site.Article 82 de la loi Informatique et LibertésSouvent déclaratifMesuré sur le site réel

Faites défiler le tableau horizontalement pour voir les deux colonnes de comparaison. Lecture : sur quatre des cinq blocs, un outil d'audit ne remplace pas une plateforme. Sur le cinquième, l'inverse est vrai.

3. Les 5 critères qui emportent la décision

Les grilles de comparaison alignent des dizaines de fonctionnalités. Dans les faits, le choix se joue sur cinq points, dont deux ne figurent presque jamais dans les tableaux.

  1. Ce qui est mesuré et ce qui est déclaré

    C'est le critère qui discrimine le plus, et le moins regardé. Une plateforme de pilotage enregistre ce que vous lui déclarez : si votre fiche de registre dit que le site ne dépose aucun traceur avant consentement, elle vous croit. Un audit technique va voir. Les deux approches sont complémentaires, elles ne sont pas substituables.

  2. Le coût réel sur trois ans

    Les plateformes se facturent à l'abonnement, de l'ordre de 30 à plusieurs centaines d'euros par mois selon le nombre d'entités et d'utilisateurs. Sur trois ans, l'écart avec un audit ponctuel se compte en milliers d'euros — ce qui n'a de sens que si vous utilisez réellement le registre et les workflows.

  3. Qui va s'en servir, et combien de temps par mois

    Un outil de pilotage suppose quelqu'un pour le tenir. Sans DPO ni référent identifié, un registre se périme en quelques mois et devient une pièce à charge plutôt qu'une preuve. Si personne n'a le temps, un constat ponctuel documenté vaut mieux qu'une plateforme vide.

  4. L'hébergement et la localisation des données

    Vous allez y consigner la cartographie de vos traitements, c'est-à-dire l'un des documents les plus sensibles de l'organisation. Vérifiez où il est hébergé et sous quelle juridiction opère l'éditeur — un outil de conformité hébergé hors Union européenne pose exactement la question qu'il est censé vous aider à traiter.

  5. La réversibilité

    Un registre est un actif documentaire. Assurez-vous de pouvoir l'exporter dans un format exploitable sans l'outil. C'est la première chose à tester, et la dernière qu'on pense à demander.

4. Les options gratuites, et jusqu'où elles vont

« Logiciel RGPD gratuit » est une recherche fréquente, et la réponse honnête est nuancée : gratuit oui, pour une partie du besoin, et à condition d'accepter la maintenance manuelle.

Modèle de registre de la CNIL

La CNIL publie un modèle de registre au format tableur, accompagné de son guide. Gratuit, opposable, et suffisant pour une TPE dont les traitements tiennent en une dizaine de fiches.

Limite : Aucune automatisation, aucun rappel d'échéance, et une maintenance entièrement manuelle.

Outil PIA de la CNIL

Logiciel libre édité par la CNIL pour conduire une analyse d'impact conformément à l'article 35. Installable en local, donc sans transfert de données.

Limite : Couvre l'AIPD seule. Ce n'est pas un outil de pilotage de la conformité.

Versions d'essai des plateformes

La plupart des éditeurs proposent quinze à trente jours d'essai. Le bon usage n'est pas de tester les fonctionnalités mais de tester l'export : saisissez trois fiches de registre, puis essayez de les récupérer.

Limite : Le périmètre gratuit est presque toujours limité en nombre de traitements ou d'utilisateurs.

5. Où se situe Complio

Complio est un outil d'audit, deuxième famille. Il ne tient pas de registre des traitements, ne conduit pas d'AIPD et ne gère pas les demandes de droits. Si c'est votre besoin, il vous faut une plateforme de pilotage, et Complio ne la remplacera pas.

Ce qu'il fait : il scanne votre site en conditions réelles, inventorie les traceurs effectivement déposés et les services tiers effectivement appelés, confronte vos pages légales à ce constat technique, et restitue un rapport PDF avec un score pondéré par la gravité et un plan d'action priorisé. Pour 106,80 € TTC, en cinq à dix minutes, sans abonnement.

Le cas d'usage le plus courant est complémentaire : alimenter le registre et le plan d'action d'une plateforme avec un constat mesuré plutôt qu'avec du déclaratif. Voir le détail des sept points contrôlés, la méthode générale de l'audit RGPD, ou l'ordre recommandé pour une mise en conformité.

6. Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un logiciel RGPD ?
Un logiciel RGPD est un outil qui aide un organisme à tenir et à démontrer sa conformité au règlement (UE) 2016/679. La catégorie recouvre en réalité deux familles distinctes : les plateformes de pilotage, qui centralisent le registre des traitements, les analyses d'impact, les demandes de droits et les violations de données ; et les outils d'audit, qui mesurent l'état de conformité réel d'un périmètre donné à un instant donné. Les premières documentent ce que vous déclarez, les secondes constatent ce qui se passe.
Un logiciel RGPD est-il obligatoire ?
Non. Le RGPD n'impose aucun outil. Il impose des obligations de résultat et de documentation : tenir un registre des traitements dès lors que l'article 30 s'applique, être en mesure de démontrer sa conformité au titre de l'article 5.2, répondre aux demandes de droits dans le délai de l'article 12.3. Un tableur bien tenu satisfait ces obligations. Un logiciel fait gagner du temps et réduit le risque d'oubli ; il ne crée aucune conformité par lui-même.
Existe-t-il un logiciel RGPD gratuit ?
Oui, pour une partie du besoin. La CNIL publie gratuitement un modèle de registre des traitements et l'outil PIA, un logiciel libre pour conduire les analyses d'impact, installable en local. Les plateformes commerciales proposent par ailleurs des essais de quinze à trente jours. En revanche, aucune plateforme de pilotage complète n'est durablement gratuite au-delà d'un périmètre très restreint.
Quelle différence entre un logiciel RGPD et un audit RGPD ?
Un logiciel de pilotage est un outil de gestion dans la durée : il héberge votre documentation et vos processus. Un audit est une mesure ponctuelle : il constate un écart entre ce qui devrait être et ce qui est, à une date donnée. Le premier a besoin du second pour être alimenté par autre chose que du déclaratif ; le second n'a de valeur que s'il débouche sur des actions, ce que le premier organise. Ils répondent à deux questions différentes.
Complio est-il un logiciel RGPD ?
Complio est un logiciel d'audit, pas une plateforme de pilotage. Il ne tient pas de registre des traitements, ne conduit pas d'AIPD et ne gère pas les demandes de droits. Il mesure la conformité du périmètre web — traceurs réellement déposés, services tiers appelés, transferts induits, cohérence des pages légales — et livre un rapport priorisé pour 106,80 € TTC. Si votre besoin est de tenir un registre, il vous faut une plateforme, et Complio ne la remplace pas.
Combien coûte un logiciel RGPD ?
Les plateformes de pilotage du marché français se facturent à l'abonnement, à partir d'environ 28 € par mois pour les offres d'entrée de gamme destinées aux TPE, et de plusieurs centaines d'euros par mois pour les offres multi-entités destinées aux ETI. Un audit ponctuel du périmètre web se situe sur un autre modèle : Complio le facture 106,80 € TTC à l'unité, sans abonnement.

Commencer par la partie mesurable

Le périmètre web est le seul qu'on peut constater de l'extérieur, sans accès à vos systèmes. C'est aussi celui que la CNIL peut contrôler sans préavis.

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